DROIT À L’IMAGE

Droit à l’image : quand faut-il une autorisation pour publier une photo ?
Droit à l’image des biens

Droit à l’image : quand faut-il une autorisation pour publier une photo ?

Le droit à l’image permet à toute personne de contrôler l’utilisation de son image, c’est-à-dire la manière dont elle est photographiée, filmée ou diffusée.

1. Le principe
Il est interdit de diffuser l’image d’une personne reconnaissable sans son consentement préalable, quel que soit le support (presse, réseaux sociaux, vidéo, exposition, publicité…).

2. Quelles sont les exceptions ?
Le droit à l’image n’est pas absolu. La jurisprudence reconnaît des situations où le consentement est présumé, notamment lorsque la diffusion répond à un objectif d’information du public.

SituationConsentement présumé ?Conditions
Personnalités publiques (politiciens, artistes, dirigeants, etc.)Oui, si l’image est en lien avec leur vie publiquePas d’image relevant de leur vie privée
Personne impliquée dans un événement d’actualitéOuiL’image doit être liée à l’événement
Scène collective dans un lieu public (foule)OuiLa personne ne doit pas être isolée ou ciblée
Image prise dans un lieu privé (ex. intérieur d’un domicile, jardin, salle privée)NonAutorisation obligatoire

Attention : Même dans les cas où l’autorisation n’est pas nécessaire, l’image ne peut pas porter atteinte à la dignité humaine (dénigrement, mise en scène dévalorisante, situation dégradante).

3. Et dans le cadre de l’actualité ?
La presse peut publier l’image d’une personne au cœur d’un fait d’actualité si :

  • l’image est nécessaire pour informer,
  • la diffusion reste proportionnée,
  • la personne n’est pas présentée de manière préjudiciable.

4. Exploitation commerciale : une règle stricte
Utiliser l’image d’une personne pour promouvoir un produit, une marque ou un service nécessite toujours une autorisation écrite, même lorsque :

  • la personne est célèbre,
  • l’image a été prise dans un lieu public.

L’image d’une personne ne peut jamais être exploitée à des fins commerciales sans son accord.

5. A retenir : 

UsageAutorisation nécessaire ?
Publication privée / personnelle (ex. réseaux sociaux → ami identifiable)Oui
Presse / information d’actualitéNon, si nécessaire pour informer + respect de la dignité
Publicité, campagne, affiche, packaging, NFT, merchandisingToujours oui
Personnalité publique dans l’exercice de sa fonctionNon, sauf atteinte à la dignité / vie privée

Droit à l’image des biens : peut-on photographier et utiliser l’image d’un immeuble ou d’un objet ?

En droit belge, il n’existe pas de droit à l’image d’un bien (immeuble ou mobilier). Par principe, toute personne peut photographier, reproduire et diffuser l’image d’un bien visible depuis l’espace public, y compris à des fins commerciales, publicitaires, artistiques ou informatives.

Autrement dit : le propriétaire d’un bien ne dispose pas d’un monopole sur l’image de son bien.

1. Principe : liberté de reproduire l’image d’un bien visible depuis l’espace public
Cette liberté s’applique quel que soit :

  • l’usage (commercial, culturel, journalistique, artistique),
  • le support (presse, réseaux sociaux, affichage),
  • la finalité (promotionnelle ou non).

Le seul fait d’être propriétaire ne donne pas le droit d’autoriser ou d’interdire la prise de vue.

2. Limites : situations où l’usage peut être interdit
Cette liberté peut être restreinte dans certaines hypothèses exceptionnelles :

HypothèseExempleConséquence
Atteinte à la vie privée du propriétairePhotographie d’un intérieur, jardin non visible depuis la rueL’image est illicite ; interdiction possible
Trouble anormal causé par l’usageUtilisation massive, répétée ou abusive de l’image du bienLe propriétaire peut agir pour faire cesser le trouble
Le bien est une œuvre  protégée par le droit d’auteurBâtiment qui constitue une œuvre architecturale dont l’image est utilisée hors exception de panoramaL’autorisation de l’architecte auteur de l’oeuvre peut être nécessaire

3. Jurisprudence (Civ. Bruxelles, 20 mai 1997)
Le Tribunal de première instance de Bruxelles a rappelé que : Les biens visibles depuis la voie publique peuvent être photographiés et utilisés sans autorisation du propriétaire, sauf si cette exploitation constitue une atteinte à la vie privée ou un usage abusif.

Ainsi, seuls les biens non visibles sans pénétrer dans le domaine privé (intérieurs, espaces protégés) peuvent bénéficier d’une interdiction de reproduction fondée sur le droit de propriété.

À retenir : 
La propriété du bien ne vaut pas propriété de son image. Seule une atteinte à la vie privée ou un usage abusif permet au propriétaire de s’opposer à la diffusion.

SANDRINE CARNEROLI
Avocate associée, spécialiste en droit d’auteur et en droit des médias, Bruxelles